Machisu, un peintre sans talent, persiste à vouloir exercer son art. /http%3A%2F%2Foutnow.ch%2FMedia%2FMovies%2FBilder%2F2008%2FAchillesToKame%2Fset.fs%2F01.jpg)
Ce qui frappe d'abord dans le film de Takeshi Kitano, c'est la perfection de sa mise en scène : lents travellings, cadres profondément pensés, qualité des décors, de l'éclairage... Ça n'est certes pas nouveau chez lui mais il apparaît rapidement qu'
Achilles est l'un de ses plus beaux films et ce de plusieurs points de vue.
3ème partie de sa trilogie plus ou mois autobiographique, avec
Takeshis' et
Kantoku Banzai,
Achilles est le plus réussi, et de loin : Kitano abandonne le slapstick et le grotesque - sans pour autant se départir de son humour car le film est drôle sans être une pure comédie - et offre une oeuvre émouvante, dans lequel Machisu (incarné par 3 comédiens différents dont le
Beat himself, afin de raconter 3 périodes sa vie, de l'enfance à l'âge mûr), à l'image d'une multitude d'artistes actuels, tente, en vain, de faire carrière grâce à une somme impressionnante de travaux (essenciellement des peintures, toutes exécutées par Kitano) qui sont soit si personnels qu'ils ne touchent que lui, soit si identiques à certains courants qu'ils n'ont aucune valeur.
Le discours est subtil.
Achilles est une traversée - réjouissante mais tragique - de l'histoire de l'art contemporain comme
Kill Bill est une odyssée à travers le cinéma de genre : on ne cesse d'être confronté une multitude artistes de légende (Klein, Picasso, Miro, Basquiat, Pollock, Mondrian...) auquel Machisu/Kitano tente de se mesurer.
Il y aurait beaucoup de chose à en dire tant le film est dense (plus, me semble t-il, qu'à l'accoutumée) et évoque ouvertement le cinéma de Jacques Tati, mais une période, en particulier, a retenu mon attention : celle du Machisu entre deux âges (Yûrei Yanagi), qui expérimente en compagnie d'un groupe d'étudiants aux Beaux-Arts, lassés par l'académisme de leurs études.
Lors d'une séquence merveilleuse, un mouvement de grue circulaire montre les étudiants réunis en cercle autour de l'un d'entre-eux, qui, muni d'une batte de base-ball, frappe une série de bombe à eau rempli de peinture de manière à expulser celle-ci sur les blouse blanches dont ils sont vêtus ! Une sorte de dripping sportif, en somme.
Le moment est magique.
A l'image du film.